Pélérinage des pères de famille à Cotignac 2020

Entrons dans la joie de la prière !

Rejoignez le groupe de la paroisse qui participe au pèlerinage des pères de famille de Cotignac

du Vendredi 3 juillet au dimanche 5 juillet 14h

départ le vendredi 3 juillet 2020, possibilité de rejoindre le samedi.

Cotignac

L'histoire du pèlerinages des pères de famille

Le pèlerinage des pères de famille commence en 1976 par un père de famille dont l’épouse vit une grossesse difficile. Ils ont entendu parler de Cotignac et y font une « excursion » à la fin de l’hiver. Sur la route du retour, le jeune père fait à sa femme la promesse de retourner à pied d’Aix-en-Provence à Cotignac … si tout se passe bien ! Est-ce qu’il pense à un « pèlerinage » ? Même pas !

Or, la naissance d’Emmanuelle se déroule merveilleusement en juin. Les parents sont comblés. Le jeune père pense à respecter sa promesse. L’histoire d’une amitié : un de ses amis, plus jeune, pas marié, propose de l’accompagner. Ils partent d’Aix, vers l’est, sans bien savoir par où ils vont passer. Nous sommes en juillet 1976 ; une grande période de canicule dans toutes les mémoires ? Que se passe-t-il au cours de ce pèlerinage ? Ils marchent et ils discutent. Au bout d’un moment, l’ami sort son chapelet : « tu as toujours ton chapelet avec toi ? ». Et ils se mettent à prier. Tout simple : le plus jeune commente les mystères et ils égrènent le chapelet ensemble. Et puis le père de famille accepte de commenter à son tour. Il commence alors le bel apprentissage de la méditation et de la contemplation. Peut-être que ce qu’il dit n’est pas très orthodoxe mais il le dit avec son cœur, avec ses tripes et, il n’en a pas encore conscience, avec l’aide attentive de l’Esprit Saint.

Le deuxième jour, en fin d’après-midi, ils passent tout près de Saint-Joseph … sans soupçonner la présence du monastère, alors en cours de restauration. Ils n’ont qu’une carte Michelin ! Puis ils arrivent à Notre Dame de Grâces. L’épouse de celui qui est marié les attend depuis de longues heures, avec dans un couffin, Emmanuelle qui a six semaines. C’est le premier « bébé Cotignac » version contemporaine.
Le chapelain du sanctuaire reste totalement insensible à leur démarche … Qu’importe : ils se sont jetés au pied de Marie, exténués et éperdus de bonheur au bout de cette expérience si forte tant sur le plan physique que spirituel.
L’histoire aurait pu finir là. Et bien non ! L’année suivante, le père de famille retourne à Cotignac avec cette fois un autre ami.

Et l’année suivante, ils sont à présent un petit groupe de cinq ou six, mariés ou en projet de mariage. Naturellement, explicitement, dès le début ce pèlerinage est celui de pères de famille qui viennent confier à Marie et à Joseph leur souci de famille, de santé, de travail. Désir d’enfant, cancer, enfant en perdition, chômage qui dure, épouse partie, conflits familiaux, … la liste est longue de ce qu’ils portent et dont ils parlent en cours de route, qu’ils échangent entre eux, qu’ils présentent à Dieu en offrant fatigue, chaleur et ampoules de la route. Et c’est parti. Chaque année un groupe d’une dizaine de pères de famille part d’Aix. Pas plus, pas moins. La formule est simple : ils marchent, ils parlent, ils prient, ils s’exercent à animer le chapelet, les méditations, les contemplations, ils se perdent parce qu’aucun d’eux ne prend le temps de repérer le chemin à l’avance.
Le dimanche matin, ils sont accueillis à Saint-Joseph où une communauté de bénédictines arrivant de Médéa, en Algérie, s’est installée depuis 1977.

Quelques amis toulonnais ont pris l’habitude de les retrouver à Saint-Joseph. En 1982, une belle surprise attend les pèlerins à Notre Dame de Grâce. Ils sont accueillis par une communauté des frères de Saint-Jean à qui a été confié le sanctuaire. La première rencontre avec les frères de Saint-Jean est une découverte réciproque. « Vous ne pouvez pas garder cela pour vous« , nous dit Benoît-Marie. Les pèlerins résistent : « nous, on est des pères de famille, pas des employés de la Pastorale des pèlerinages du diocèse !« . Ça n’est pas négociable.

Pourtant, dès l’année suivante, un troisième groupe rejoint Cotignac : des amis de Benoit Marie. Ils viennent de Cuges-les-Pins.

Au cours des années suivantes, le groupe initial d’Aix-en-Provence ne cesse de grossir. Ce n’est plus un groupe mais un troupeau. En même temps, d’autres groupes (Alpes Maritimes, Vaucluse) se sont constitués.
Il faut se rendre à l’évidence. Les pèlerins du début comprennent que ce qui est devenu le « Pèlerinage en Provence des Pères de Famille » ne leur appartient pas. Marie a tranché. Ils choisissent de se séparer et au cours des années suivantes, de plus en plus de petits groupes partent de différents coins de Provence pour se retrouver le samedi soir à Cotignac.

Cotignac essaime : année après année, on vient de plus en plus loin, de toute la France. En 2011, quatre pères de famille irakiens étaient là. Bien souvent, l’incommodité des trajets pour venir en Provence conduit des groupes à vouloir créer, chez eux, dans leur région, des pèlerinages de pères de famille « selon l’esprit de Cotignac ». Et, aujourd’hui, de nombreux groupes marchent vers des sanctuaires un peu partout en France.
Benoit Marie (encore lui !) dit sa préoccupation aux Pères de famille de voir le pèlerinage conduit et animé par des prêtres. Nouveau refus catégorique ! Dur-dur d’être prieur à Notre Dame ! « nous, on est des pères de famille, pas des organisateurs de pèlerinage. On dit à nos amis de venir à Cotignac, passer deux jours sympas, entre copains, dans la nature. On sait qu’ils ont des soucis de famille ou de bébé et on leur dit qu’on veut les partager avec eux. On leur dit aussi qu’au bout de la route il y a Marie… Par contre qu’un prêtre marche avec nous, ça c’est génial : il serait en « voiture balai spi » et accueillerait chacun, cœur à cœur pour lui dire qu’il est aimé de Dieu« .

Benoit Marie, dubitatif, laisse tomber ses idées d’organisation par les prêtres et décide d’accompagner un groupe l’année suivante. A l’arrivée, il est convaincu : « mon rôle est d’accueillir, de recueillir, de donner le pardon de Dieu« . La formule est lancée. Et combien de père de famille, éloignés de l’Eglise, de Dieu, qui, cheminant vers Cotignac, décident au cours de la marche d’aller parler un instant avec le prêtre … Combien de confessions, combien de grâces de conversion reçues !

Le pèlerinage des pères de famille est né à l’aube du pontificat de Jean Paul II. Il permet à des pères de famille d’origine diverses de marcher ensemble : traditionalistes et progressistes, riches et pauvres, croyants et incroyants, malades et en bonne santé, chefs d’entreprise et ouvrier, … Leur lien : être père de famille. Point ! Cet apostolat entre pères de famille permet l’évangélisation des pèlerins. Sur les routes de Cotignac, Marie fait leur éducation. Ils découvrent d’abord l’amour, l’amitié et le partage entre les membres de leur groupe. Puis ils découvrent qu’ils peuvent aimer davantage leur épouse, leurs enfants, leurs collègues de travail, … et, par la prière, les chants, les méditations, l’adoration, la confession ils découvrent la civilisation de l’amour.

Et si maintenant Marie nous demande de parler du pèlerinage des pères de famille dans les cités ? Marie n’est pas venue en Provence pour quelques éclats royaux. Elle est venue pour les familles et la présence discrète
de Joseph le montre à l’envi. Le diocèse du Var a connu et connait une succession d’évêques qui aiment Marie, qui prient et qui agissent.

 

Le premier, monseigneur Barthe a laissé le souvenir d’un homme de prière et d’accueil. Il veut des prêtres pour son diocèse et sait accueillir les communautés nouvelles. A cette époque les petites sœurs de Médéa, en Algérie, sont contraintes de rapatrier leur monastère en France. Elles sont accueillies dans le Var. Petit à petit germe l’idée de les installer à Saint Joseph de Cotignac, sanctuaire en ruine situé à 3 kilomètres de Notre Dame de Grâces. Elles y viennent en 1977.

Un peu plus tard, en 1981, en lien avec le père Marie-Dominique, il demande aux « petits gris » de venir s’installer à Cotignac. C’est pour eux la première expérience d’installation dans un sanctuaire marial.
Dans le même temps, un père de famille vit des moments d’inquiétude : les médecins évoquent des perspectives préoccupantes au terme de la grossesse de sa femme. Ayant confié ses soucis à Notre-Dame et à Saint-Joseph et après la naissance heureuse du bébé, il va marcher à Cotignac, accompagné d’un ami. En quelques années, sans que ni Monseigneur Barthe, ni ses successeurs monseigneur Madec et monseigneur Rey, ni le père Marie Dominique, ni la supérieure des soeurs de Médéa ne l’aient imaginé, Cotignac va jouer un rôle majeur en France pour les familles.

Quand Marie agit, elle le fait bien. En quelques années les pères de famille dépassent le nombre de cinq cent. Et pourtant, ce pèlerinage n’a jamais fait l’objet, à ses débuts, de la moindre publicité dans aucun service des pèlerinages d’aucun diocèse. Il n’a jamais été un pèlerinage officiel ou labellisé. Il n’a reçu aucun soutien. A part l’évêque du Var, le premier évêque qui y soit venu est monseigneur Billé, alors archevêque d’Aix. C’était en 1998 . Il a été séduit par la formule et s’est étonné d’une si grande vivacité alors même qu’aucune reconnaissance n’existe.

De nombreux autres pèlerinages de pères « selon l’esprit de Cotignac » sont organisés un peu partout en France. A Vézelay, en Auvergne, dans les Pyrénées, en Bretagne, en Dauphiné, en Normandie … partout des pères de famille marchent, chantent, partagent, prient et se convertissent.

En 1985, les mères de famille, un peu furieuses de ne pas pouvoir marcher avec leurs hommes, décident d’organiser leur propre pèlerinage. Sourires et propos moqueurs des pères de famille. Elles partent à 5 d’Aix-en-Provence. En trois ans elles sont plus nombreuses que les pères de famille. Petit clin d’œil de Marie : comme au tombeau, elles sont les premières !

Et pourquoi les pères d’un côté, les mères de l’autre ? Allons-y aussi pour les familles. Puis, quelques années plus tard pour les célibataires, puis les collégiens, puis le pèlerinage pour la Vie …

Chaque pèlerin qui vient à Cotignac, c’est une conversion. Chaque conversion d’un père ou d’une mère c’est la conversion ou le début de conversion d’une famille. Alors, de plus en plus de pères et de mères de familles viennent à Marie. De plus en plus de famille reviennent à Marie et à Jésus.

Tout cela, sans plan marketing, sans campagne de presse. Marie, seulement Marie !

L'histoire du Sanctuaire Notre Dame des Grâce

Les apparitions de Notre-Dame de Grâces à Cotignac


En ces temps faits d’unité et de Foi, où de lourdes menaces pèsent sur l’Europe : En l’an de grâce 1519 , la Provence fait partie du Royaume de France depuis 38 ans; son Roi est François 1er. Le peuple, reste profondément chrétien, à la manière du temps; être fidèle, solidaire, travailleur, et être chrétien, c’est tout un. Hélas, comme l’Europe politique, le monde religieux lui-même va connaître déchirements et affrontements. Deux ans plus tôt, le moine augustin Martin LUTHER (1483-1546) venait d’afficher ses 95 thèses sur la porte de la Schlosskirche de Wittenberg. En mars 1519, il assurait encore le Pape Léon X de sa fidélité. Trois ans plus tard, l’Allemagne était à feu et à sang, et bientôt, une bonne partie de l’Europe.

Notre-Dame vient affermir avant les épreuves… : Le 10 août 1519, un bûcheron, Jean de la Baume, gravit le mont Verdaille. Il est seul. Comme d’accoutumée, il commence sa journée par prier. A peine s’est-il relevé qu’une nuée lui apparaît, découvrant la Vierge Marie, et l’Enfant Jésus dans ses bras, qu’entourent Saint Bernard de Clairvaux, Sainte Catherine martyre, et l’Archange Saint Michel. Notre-Dame est debout les pieds sur un croissant de lune. Elle s’adresse alors à Jean à peu près en ces termes: Je suis la Vierge Marie. Allez dire au clergé et aux Consuls de Cotignac de me bâtir ici même une église, sous le vocable de NOTRE-DAME DE GRACES: et qu’on y vienne en procession pour recevoir les dons que je veux y répandre. Et la vision disparut. Était-ce une hallucination ? Doutant ou non, le fait est que Jean garda pour lui le message… ce qui lui valut une seconde apparition de la Mère de Dieu et des Grâces! Le lendemain même, 11 août, s’étant rendu au même endroit pour achever sa coupe, il eut la même vision et reçut la même demande. Cette fois, il s’y résolut et redescendit au village sans attendre.

Les autorités et les villageois de Cotignac adhèrent dans un même mouvement : Jean est sérieux; la population et ses édiles accordent foi immédiatement au compte-rendu du pieux et sérieux bûcheron. On élèvera donc une petite chapelle à l’endroit des apparitions (laquelle se révélera rapidement trop petite; cinq ans plus tard, on projetait déjà de la remplacer par un sanctuaire d’une taille semblable à celui d’aujourd’hui. Ce sera chose faite en 1537).
La Providence réservait un petit signe aux bâtisseurs de Cotignac, un signe qui ne manqua pas de les encourager. Le 14 septembre, en la fête de l’Exaltation de la Croix, à peine un mois et demi après les apparitions, les travaux avaient déjà commencé après une grande procession de la communauté entière, clergé et syndics en tête, ainsi que nous le rapportent les archives municipales. Et « commençant les fondations de cette église, trouvèrent en terre grande quantité d’ossements, des clous, des ferrailles, des boîtes d’ivoire et une boule de beau cristal, ce qui leur fit croire qu’il y avait là des martyrs enterrés ». C’était plausible car dans l’Empire Romain, sous lequel toute la région fut habitée et mise en valeur, en effet, nombre de chrétiens payèrent de leur vie leur attachement de Foi à Jésus-Christ; la Provence fut christianisée dès le 1er siècle, et les persécutions ne cessèrent en Occident qu’en 311! Les annales de l’Oratoire rapportent qu’ à l’ouverture du tombeau, plusieurs malades avaient été guéris.
L’approbation ecclésiastique fut rapidement obtenue, car en date du 17 mars 1521 déjà, par une Bulle, le Pape Léon X accordait une série de privilèges au sanctuaire marial provençal de Cotignac !

Des signes : Les signes miraculeux n’ont de sens que par rapport à la pédagogie divine: c’est toujours un aspect de l’Evangile qu’ils signifient et actualisent; à leur contact la foi chrétienne un peu assoupie se réveille. 
Les personnages qui apparurent aux côtés de Notre-Dame et de l’Enfant étaient vraiment des signes pour les gens de Cotignac: ils leur étaient connus. Sainte Catherine, martyre d’Egypte au IVe siècle, dont le Roi Saint Louis avait ramené les reliques, était très populaire. A noter: elle fut l’une des voix de Jeanne d’Arc (+1431)! Non moins connu était Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153); il a laissé d’inoubliables pages sur Marie, et est appelé Docteur de Marie Médiatrice. L’Archange Saint Michel, enfin, dont nous parle surtout le livre de l’Apocalypse, chap. 12, est honoré depuis longtemps comme le protecteur de la grande Famille qu’est l’Eglise. 
Après les apparitions, l’affluence croissante des pèlerins donne une idée du nombre de grâces accordées – comme Notre-Dame l’avait promis -, au point que les responsables municipaux durent réglementer les pèlerinages (organisation, accueil, etc.) ! 
En fait, dès 1524, nous disent les archives du village, ils nommèrent des obriers afin de gérer le lieu de pèlerinage (les quelques prêtres qui essayaient d’être présents étant débordés par les tâches ministérielles qui leur sont propres !). Ces laïcs et les conseils municipaux qui se succédèrent contribuèrent ainsi au rayonnement spirituel de Cotignac durant près de trois siècles (jusqu’à la Révolution), avec une probité et une compétence qui n’avaient d’égales que leur esprit de Foi et de service d’autrui. Ne nous étonnons pas : à l’époque, les responsables politiques savaient encore combien la vie religieuse des citoyens contribue au sens du Bien, et au Bien Commun.

Des grâces collectives : Ce sont surtout les grâces collectives , c’est à dire demandées par toute une population, consuls en tête, que les trop rares archives du XVIème s. mentionnent. Dès 1522, on voit la ville d’Aix faire une démarche auprès de Notre-Dame de Grâces, ce dont témoigne un arrêt de son conseil général daté du 24 décembre et ainsi rédigé: « On enverra une députation et obriers prier pour la ville dans la chapelle de la Vierge Marie des Grâces, aux terres de Cotinato . » Une raison pressante motivait cette démarche, ainsi que celle de la ville de Marseille, quelques mois plus tôt: la menace de la peste. Il semble bien que, de fait, le terrible fléau s’écarta de ces deux villes pendant plus d’un siècle. On connait d’autres démarches religieuses municipales auprès de Notre-Dame: Montfort, Brignoles, La Valette, Digne, Aubagne, et d’autres, pour des raisons très diverses.

La première société sacerdotale de prêtres de l’oratoire en France voit le jour à Cotignac : Mais le besoin d’une Communauté religieuse stable se fait sentir sur la colline. Dès 1586, la petite communauté des prêtres, autour du Chanoine Rollin Ferrier, put s’organiser en société sacerdotale rattachée à l’Oratoire, que Saint Philippe NERI (1515-1595) venait de fonder à Rome. Quelques années plus tard, en 1619, cette première maison de l’Oratoire en France finit par s’agréger à l’Oratoire français, qu’entre-temps le futur Cardinal de Bérulle avait réuni à Paris! 
Le 10 mai 1629, le Pape URBAIN VIII envoyait une nouvelle lettre (ou Bulle) aux Pères de l’Oratoire; elle n’était qu’un magnifique témoignage de vénération mariale: le Saint-Père y mentionne le célèbre Sanctuaire dédié à la Bienheureuse Marie, dite de Grâce ou des Grâces, vers lequel les fidèles du Christ par reconnaissance ou dévotion, accourent de presque tous les points du monde, à cause des miracles éclatants que Dieu y a opérés . Mais le signe le plus retentissant de l’intercession de Notre-Dame de Grâces devait encore venir.

Notre-Dame de Grâces et la naissance de Louis XIV

En 1615, âgé de 14 ans, Louis XIII épousait Anne d’Autriche qui était plus jeune encore. Selon la coutume les époux royaux ne vivent guère ensemble, même plus tard ; de surcroît Richelieu tendra toujours, note Pierre Delattre, à éloigner le Roi de la Reine, dont il craignait l’influence (en faveur de la paix). La Reine avait des appartements au Louvre, et le Roi séjournait habituellement à Saint Germain en Laye. Ceci n’affecta pas, d’ailleurs, la fidélité qu’Anne et Louis se promirent un jour.
On ne s’inquiéta donc pas de la stérilité de leur union avant plusieurs années. Aprés 10 ans de mariage, la question commença à être préoccupante, ne serait-ce que d’un point de vue politique. La Reine priait beaucoup à cette intention. Hélas, en 1630 encore, elle « avait eu une grossesse qui n’avait pas plus abouti que les autres » . On eût dit qu’il faudrait un miracle. Le miracle eut lieu, après 22 ans de mariage, par l’intercession de Notre-Dame de Grâces, et c’est bien ainsi que les royaux parents le virent : ils prénommèrent l’héritier « Louis Dieudonné » (c’est à dire donné par Dieu).

Le frère fiacre reçoit une promesse et une demande du ciel : Le 27 octobre 1637, tandis qu’il était en prière avec ses confrères dans le choeur, le frère Fiacre, eut une soudaine révélation intérieure: la Reine devait demander publiquement qu’on fît en son nom trois neuvaines de prières à la sainte Vierge, et un fils lui serait donné: la première neuvaine à Notre-Dame de Grâces en Provence, la seconde à Notre-Dame de Paris, la cathédrale, et la troisième à Notre-Dame des Victoires, l’église de son couvent. Il faut savoir que deux ans auparavant, encore jeune novice, Frère Fiacre avait reçu la même inspiration, mais avec moins de force et d’urgence. Une nouvelle fois, néanmoins, ses Supérieurs restèrent sceptiques et lui interdirent d’en parler. Ou alors, il faudrait amener une preuve… 
Six jours plus tard, le 3 novembre vers les 2 heures du matin, le pieux frère dans sa cellule est tiré de sa prière par des cris d’enfant. Étonnement et frayeur: il se trouve en face de la Vierge Marie, qui lui montre sur ses bras un enfant vagissant: « N’ayez pas peur, dit-Elle, je suis la Mère de Dieu, et l’enfant que vous voyez est le Dauphin que Dieu veut donner à la France . » Et la vision disparaît puis se manifeste à nouveau un court moment mais sans plus dire un mot. Enfin, deux heures plus tard, Marie se fit voir encore, mais seule, et dit: « Ne doutez plus mon enfant de ce que vous avez déclaré à votre confesseur. Pour marquer que je veux qu’on avertisse la Reine de faire trois neuvaines en mon honneur, voilà LA MEME IMAGE qui est à Notre-Dame de Grâces, en Provence, et la façon de l’église . » 
Et Frère Fiacre vit avec précision le tableau ainsi que le choeur où il se trouvait (comme aujourd’hui). 
Immédiatement mis au courant, ses Supérieurs qui, comme lui, ne s’étaient jamais rendus à Cotignac, consultèrent des amis qui avaient fait le pèlerinage : les descriptions correspondaient. Le 5 novembre, on rédigea un procès-verbal de tout cela, que toute la communauté des Augustins contre-signa, à l’intention du Cardinal de la Rochefoucauld. Car ces trois neuvaines étaient devenues une affaire d’Etat. Tôt informée, la Reine se mit à croire, dans la Foi, en la réalisation de ces promesses du Ciel transmises par Frère Fiacre. Son époux en entendit parler, de son côté. Mais l’avis du Cardinal était déterminant, et celui-ci se renseignait. Bref, le temps passait… 
Mais sous une forte inspiration intérieure, le 8 novembre 1637, Frère Fiacre avait déjà commencé les trois neuvaines au nom de la Reine. Celles-ci se terminèrent le 5 décembre suivant (la Reine l’apprit), soit, ainsi que le fait remarquer discrètement la biographie du vénérable Frère, « précisément neuf mois avant la naissance du futur Roi Louis XIV » ! 
Aux premiers jours de février 1638, la Reine sentit l’enfant remuer en elle; elle n’eut plus qu’un désir: connaître le fameux Frère Fiacre. L’humble religieux fut donc obligé de se rendre au Louvre où, aussi confus qu’ému, il vit la Reine s’agenouiller devant lui et le remercier. C’est dire combien Anne d’Autriche avait confiance en l’heureux aboutissement de sa grossesse! Peu après, il dut également rencontrer le Roi qui le chargea, ainsi qu’un confrère prêtre, d’aller à Cotignac. Le 7 février, l’ordonnance royale leur prescrivant ce voyage leur parvenait. Le Roi veillait à tout ce qui pouvait faciliter le voyage: en fin de lettre, il ordonnait à tous les gouverneurs et lieutenants généraux de donner aux porteurs du pli libre et sûr passage… en leur faisant toute faveur et assistance si besoin est requis, en tout . Frère Fiacre n’en demandait pas autant pour se mettre en route !

Le Voeu de Louis XIII : Alors que depuis 1635 la France était en guerre avec l’Espagne, alliée à l’Empire, et essuyait de sérieux revers militaires, l’idée de s’engager dans un voeu, de vouer le pays entier à Notre-Dame, était dans l’air. Louis XIII lui-même, Roi pieux, avait déjà esquissé diverses formules de consécration, conseillé par son confesseur, le Père Caussin; en novembre 1637, un texte était enfin soumis au Parlement; il sera signé par le Roi le 10 février 1638 et enregistré comme loi c’est le fameux VOEU DE LOUIS XIII -, (qui sera rappelé chaque année en la fête de l’Assomption de Marie, le 15 août ). Que s’était-il donc passé en cette période ? 
Le Père Caussin, selon sa biographie, poussa le Roi à promulguer la consécration de la France aussitôt qu’on ne douta plus de la grossesse de la Reine – en février 1638, celle-ci était enceinte de deux mois. Par ailleurs, trois jours avant le 10 février, Louis venait d’envoyer au sanctuaire de Cotignac un Frère Augustin déchaussé de Paris, le frère Fiacre (1609-1684), avec son supérieur, pour qu’y soit célébrée pendant neuf jours la sainte messe, précisait l’ordonnance royale, afin que, par l’offrande de ce grand sacrifice, il plaise à la Divine Bonté d’accorder à la Reine, son épouse, une heureuse lignée et de conduire à la fin désirée le fruit dont toute la France espère qu’elle est enceinte . Le début de la lettre mentionnait les grandes assistances que plusieurs femmes enceintes ont reçues pour la conservation de leur fruit par l’intercession de NOTRE-DAME DE GRACES . 
Le Roi et la Reine étant absolument sûrs, dans la Foi de l’heureux terme, il devenait absurde, voire indécent d’attendre encore avant de promulguer le fameux VOEU de Louis XIII , conçu comme un remerciement. Trois jours plus tard, le Roi signait donc cette Consécration qui vouait la France à Notre-Dame. 
La grossesse d’Anne d’Autriche fut ainsi la cause, occasionnelle sans doute, mais aussi déterminante de Pacte du 10 février. Plus encore: il faut dire que cette Consécration fut un acte de foi chrétienne véritable.

Naissance de Louis Dieudonné : Le 5 septembre 1638 naissait l’héritier au trône, regardé par le couple royal comme une grâce obtenue par Notre-Dame de Cotignac, qu’ils prénomment Louis Dieudonné. Louis XIII, annonçant l’heureux événement aux ambassadeurs, s’exprimait ainsi dans sa lettre: « Tout ce qui a précédé la délivrance de la Reine, le peu de durée de son travail et toutes les circonstances de la naissance du Dauphin font voir que ce fils lui est donné de Dieu par la puissante intercession de la Sainte Vierge. »
Quatre ans et demi plus tard, le Roi mourait nommant Anne d’Autriche Régente du Royaume – elle le sera jusqu’en 1661 -. Pour son fils, alors âgé de 5 ans, elle espère une royauté qui soit illuminée par la Foi. En témoigne le tableau qu’elle fit peindre à ce moment du futur Roi idéal, lequel est représenté à genoux, offrant pieusement à Notre-Dame son sceptre et sa couronne (ce ne sera pas exactement l’image que l’histoire retiendra du Roi-Soleil … ). Et c’est Frère Fiacre qui est chargé d’acheminer le tableau jusqu’au Sanctuaire de Cotignac, en avril 1644, pour y être appendu .

La visite de reconnaissance de Louis XIV et d’Anne d’Autriche à Notre-Dame de Grâces : La Régente Anne d’Autriche et le Roi Louis XIV, au début de son règne vont avoir l’occasion de venir à Cotignac. Cette occasion leur fut fournie par la signature du Traité des Pyrénées , réconciliant en 1660 la France et l’Espagne. Était prévue une rencontre des deux Rois, sur la frontière commune. Ce sera le samedi 21 février que le cortège royal arrivera à Cotignac. 
Un seul chemin carrossable (au sens propre!) atteignait alors le Sanctuaire, depuis la route de Montfort. Encore fallut-il l’élargir. Ce chemin de LOUIS XIV – ainsi fut-il baptisé, Louis, la Reine et tout le cortège le suivirent jusqu’à l’escalier qui reçut le même nom. Le jeune Roi, qui avait 21 ans, fit don de sa bague en or et d’un cordon bleu. L’histoire le précise : il s’agit d’un long cordon de moire bleu céleste que portaient les membres du prestigieux ordre de chevalerie du St-Esprit. Louis XIV en était, comme tous les membres de la Famille Royale. C’est le mois de juin suivant qu’avait lieu le 2e grand événement surnaturel de Cotignac: l’apparition de Saint Joseph. 
De retour à Paris, Louis XIV manda bientôt le Frère Fiacre pour aller offrir en son nom à Notre-Dame de Grâces, plusieurs exemplaires dudit Traité des Pyrénées; ce dont Frère Fiacre s’acquitta en mars 1661, avant de continuer son pèlerinage vers Rome, mandaté cette fois par la Reine Anne. Celle-ci mourait en 1666. Un an après, dans le sanctuaire, Louis XIV faisait apposer une plaque à la mémoire de sa mère, rappelant qu’il fut donné à son peuple par les voeux qu’Anne d’Autriche a faits dans cette église. Elle s’y trouve toujours, bien lisible.

La mort du frère fiacre et la donation de son coeur : A son tour, le 16 février 1684, Frère Fiacre s’endormait dans le Seigneur. L’annonce de sa mort, répercutée par Le Mercure de Paris, fit quelque bruit! Un mois avant sa mort survenue le 16 février 1684, Frère Fiacre avait émis le souhait suivant qui est bien de l’époque:
« Très Sainte Vierge, C’est à l’église de Notre-Dame de Grâces… que j’ai fait le premier pèlerinage… pour obtenir un dauphin à Louis XIII et à Anne d’Autriche, qui m’ont envoyé en ce saint lieu pour demander cette grâce à Dieu, après 22 ans qu’ils ont été sans avoir d’enfants. C’est pourquoi… à la Sainte Vierge (de Cotignac), j’ai signé du plus pur de mon sang… la présente donation de mon coeur. » Frère Fiacre – Paris, le 1er janvier 1684
Et sachant qu’il allait bientôt mourir, il montra ce testament à son Supérieur un peu surpris, lui remit une lettre à faire parvenir au Roi après sa mort et l’assura que ce dernier se chargerait de rendre possible la réalisation de ce voeu! Les choses se passèrent effectivement ainsi. Deux semaines après le retour à Dieu du vénérable Frère, Louis XIV écrivait aux Pères Oratoriens de Cotignac de recevoir le coeur de Frère Fiacre dans leur église, où il fut effectivement gardé. Il ne reste aujourd’hui que le double écrin de plomb qui l’avait contenu. Une plaque indique l’endroit du mur gauche où il a été replacé.
Extrait principal du texte du VOEU DE LOUIS XIII , conçu par le Roi comme un remerciement. Le Roi commence par rappeler, d’une manière générale, les divers événements de son règne dans lesquels s’est manifesté le secours du ciel, comme les divisions des partis, la rébellion protestante et les guerres étrangères; puis, il déclare que ne se trouvant pas assez digne de présenter lui-même ses remerciements à la Souveraine Majesté, il prend pour médiatrice de sa reconnaissance envers Dieu, Celle qui a été la médiatrice des bienfaits. C’est pourquoi il ajoute :
« A ces causes, nous avons déclaré et nous déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge Marie pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre État, notre couronne et nos sujets, et nous avertissons le sieur Archevêque de Paris et néanmoins lui enjoignons que tous les ans, fête et jour de l’Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente déclaration à la grand-messe, qui se dira en son église cathédrale, et qu’après les vêpres dudit jour, il soit fait une procession en la dite église, à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines et les corps de ville, avec pareilles cérémonies que celles qui s’observent aux processions générales les plus solennelles ; ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises, tant paroissiales que celles des monastères de la dite ville et faubourg, et en toutes les villes, bourgs et villages du dit diocèse de Paris. Exhortons pareillement les archevêques et évêques de notre royaume, et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales, et autres de leurs diocèses, entendant qu’à la dite cérémonie les cours de Parlement et autres compagnies souveraines, et les principaux officiers des villes y soient présents, et d’avertir tous les peuples d’avoir une dévotion particulière à la Vierge d’implorer en ce jour sa protection, afin que, sous une si puissante patronne notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de nos ennemis, qu’il jouisse longtemps d’une bonne paix, que Dieu y soit servi et révéré si saintement que nous et nos sujets puissions arriver heureusement à la dernière fin pour laquelle nous avons tous été créés, car tel est notre plaisir. »
Donné en Saint-Germain- en-Laye, le dixième jour de février, l’an de grâce mil six cent trente-huit et de notre règne le vingt-huitième .

 

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